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La manière de recevoir kiri-kaeshi

Quand j’enseigne quelque chose à quelqu’un, en général il comprend. Mais faire comprendre que le rôle de motodashi dans kirigaeshi est bien différent de kakari n’est pas chose évidente. J’ai ressenti ça quand j’étais étudiant en 4ème année à Busen (NdR: fameuse école de budo): faire frapper correctement kakari est la tâche qui revient à motodashi. Pour y parvenir, il faut bien y réfléchir et travailler sur des notions telles que ma.ai et tai.atari. Quand l’activité de kakari devient vraiement éprouvante, il faut l’aider et le tirer vers le haut! Si nous n’avons pas ce réflexe, personne ne peut aller au bout du stage. Stimuler s’avère toujours efficace, si on fait ça, kakari redouble d’ardeur. Enfin la capacité de “renvoyer” le shinai tient de l’art de motodashi.

ONAKAZAWA Tatsuo

Les vertus de kiri-kaeshi

J’ai commencé à apprendre le kendo à partir de ma quatrième année de primaire, et l’enseignement que délivrait le professeur CHIKANARI Okayama consistait invariablement en kiri-kaeshi. Alors mes épaules devinrent souples et déliées. Mes épaules jouant librement, mon thorax se développa en conséquence; mon thorax naturellement développé, j’ai pu délivrer des uchi corrects. Kiri-kaeshi c’est avant tout frapper sans hâte et amplement.

Les cours du professeur CHIKANARI ne comportaient que des frappes latérales au men. Il nous faisait réaliser aussi do-kiri-kaeshi. Convertir men pour aller frapper do en larges gestes était difficile au début. Mais grâce à sa répétition régulière, j’ai fini par ne plus ressentir de contrainte. Je crois que grâce à cette méthode ma rapidité était des plus satisfaisantes lorsque j’entrai à la police d’Osaka. De plus, on ne fait que frapper sempiternellement une fois droite, une fois gauche; mais frapper deux fois droite et gauche est une alternative qui porte ses fruits. Il faut savoir prendre des initiatives qui cassent la routine.

ARIMA Teruo

8 vertus obtenues par motodashi

1. Le calme s’établit dans le kokoro.
2. Le coup d’oeil s’assure.
3. Le shinai de l’adversaire se repère plus facilement.
4. Le corps devient plus disponible.
5. Le corps devient plus solide.
6. Le tenouchi se raffermit.
7. La manière d’intercepter les coups s’affine.
8. Les bras deviennent robustes.

10 vertus obtenues par kakari

1. Les techniques deviennent mordantes et rapides.
2. Les coups s’affermissent.
3. La capacité respiratoire augmente.
4. Les bras acquièrent de l’aisance.
5. Le corps se libère et se coordonne.
6. La longueur du sabre cesse d’être un problème.
7. Le bas-ventre (seika) se place et rend le corps inébranlable.
8. Le coup d’oeil devient sûr.
9. La distance de frappe (ma-ai) est mieux appréciée.
10. Le tenouchi joue avec une souple dextérité.

Le tenouchi dans kiri-kaeshi

En soit, Kiri-kaeshi n’a pas varié entre jadis et aujourd’hui et l’école de budo (Busen) n’enseigne aucune théorie particulière sur ce point précis. A mon entrée à l’université, cet exercice consistait pour moi à simplement lever les bras, armer amplement et frapper. Si l’on avait armé, il était naturel d’abattre, et aucune explication ne venait compléter ces gestes.

Pour moi, il faut abattre les bras à partir de l’axe des épaules et arrêter le poing gauche à hauteur du plexus. Si l’on ne fait pas cela, j’estime qu’on ne peut réellement couper: les bras ne sont pas verrouillés sur les côtés de la poitrine et les coudes sont dissociés. Les jours de pluie, dans l’impossibilité de sortir je faisais des suburi dans ma chambre, mais comme le plafond était bas, je les faisais en sonkyo. J’ai alors tout de suite compris. Pour être péremptoire je dirais que si l’on ne verrouille pas les bras sur les côtés de la poitrine, on ne peut pas couper car les membres et le corps ne sont pas solidaires. Toutefois, il ne faut pas trop verrouiller. A mettre la force dans la main droite, le poing gauche sort du centre. Par contre, quand on s’efforce d’armer sans du tout utiliser la main droite, la main gauche se lève plus facilement qu’on ne pense. Je me suis donc rendu compte à quel point j’utilisais trop la main droite. Si vous faites attention à ces points en faisant kiri-kaeshi tout ira bien.

IKEDA Yuji

Le kiri-kaeshi de maître Nakayama

A l’époque au Yushinkan il fallait toujours demander kiri-kaeshi aux meilleurs motodachi. Mais maître NAKAYAMA Hiromichi ne se joignait pas à nous. Chaque jour, une fois l’entraînement terminé, sans ôter son armure et dégoulinant de sueur, il se plaçait face à un pilier de soutènement du dojo et se lançait dans kiri-kaeshi. Après avoir frappé le pilier alternativement de gauche et de droite, il allait s’y heurter en tai-atari. Sous ses assauts acharnés, le pilier s’était effrité et rempli d’échardes. C’était à nous, les pensionnaires qui payions l’internat en exécutant diverses tâches dans l’établissement, que revenait celle de lui rendre son poli. Mais à peine nous étions-nous efforcés de le remettre à peu près en état, que le maître le déchiquetait à nouveau. Vous imaginez les dégâts sur son shinai! Tout ça pour dire que maître NAKAYAMA, tout expert qu’il fut, ne manquait jamais de faire chaque jour kiri-kaeshi pour entretenir ses capacités.

NAKAJIMA Gorozo

400 mètres

Le kihon de kendo inclut kiri-kaeshi. Shomen uchi, c’est bien sûr frapper men, mais on a la possiblité de descendre de hidari men pour frapper kote, do et de migi men on est en position pour frapper gyakudo. Ainsi, si l’on sait frapper correctement kiri-kaeshi, on doit pouvoir frapper n’importe qu’elle cible sur l’adversaire. Grâce à cet exercice souvent répété, on peut délivrer des uchi autentiques et l’attitude générale s’améliore. On échappe aux défauts. Grâce au kiri-kaeshi, j’ai acquis de la vigueur, j’ai renforcé mes datotsu et appris à respirer, entre autres…

Dans l’académie où je travaille, je n’enseigne rien de particulier, mais dans les exercices de base (kihon et kiri-kaeshi) j’introduis l’élément FORCE. A l’entraînement du matin, sur une piste d’environ 200 mètres, je fais faire deux fois le tour en kirigaeshi. Comme ces temps-ci il y a beaucoup d’enfants aux pieds plats, c’est un élément correcteur. C’est également excellent pour la santé. Bien sûr, c’est un peu dur… Mais quand mes élèves font sans tricher cet entraînement matinal, l’équipe que je forme est forte. C’est pour cela que dans les périodes hors compétitions, je leur fait faire consciencieusement de nombreux kiri-kaeshi.

KAWAKAMI