Le Kendō ( 剣Ken : le sabre ; 道Dō : la Voie) est l’un des arts martiaux traditionnels japonais héritiers de l’escrime des samouraï. Il se présente sous la forme d’une escrime particulière qui met en présence, face à face, deux pratiquants armés d’un sabre en bambou et revêtus de protections adaptées. Cette escrime permet à toutes et à tous (avant même l’âge de 10 ans et jusqu’à bien plus de 70 ans) de s’engager pleinement dans l’assaut avec réussite à condition de respecter les principes du sabre japonais. Ainsi, la pratique du Kendō peut-elle s’envisager avec une réelle perspective de progrès sur toute une vie. Le Kendō est fier de se réclamer des Arts Martiaux Traditionnels Japonais (Budō) qui au-delà de la victoire sur l’adversaire peuvent permettre l’évolution de l’état d’esprit du pratiquant. Ni vainqueur, ni vaincu ; chacun dépasse ses propres limites grâce à l’autre et les progrès sont ainsi partagés. Le Kendō est à contre courant de certaines modes qui prônent « tout, tout de suite et avec un minimum d’efforts ». Il se présente comme une alternative audacieuse afin de (re)découvrir, entre autres valeurs ; le goût de l’effort, la persévérance, le courage, la générosité….

Origines

Contrairement à d’autres arts martiaux japonais, le Kendō que nous connaissons aujourd’hui n’est pas l’oeuvre synthétisée d’un unique « fondateur » mais le résultat d’une évolution influencée par plusieurs générations de maîtres et de pratiquants. Les techniques, les armes et les armures nécessaires au Kendō ont vu le jour sur les champs de batailles japonais. Les chevaliers japonais, les samouraï, ont élaboré et perfectionné une escrime au sabre qui est parvenu jusqu’à nous. Cette escrime particulière utilise le sabre japonais, katana, qui est tenu à deux mains. Ce sabre est l’une des armes blanches les plus parfaites…assez tranchantes pour fendre un casque en acier, mais assez fragile, également, pour être abîmée par la coupe maladroite d’un bambou.

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Démonstration de combats en armures
(3ème Paris Taïkaï – Paris mars 2005 – Photo Gil MICHEL)

Armes et équipements

Les kendōka sont habillés d’une veste de coton (kendōgi) et d’un large pantalon (hakama) de couleur indigo. L’équipement utilisé aujourd’hui a été mis au point au Japon au milieu du 18ème siècle. Afin de pouvoir s’entraîner de manière moins dangereuse les samouraï s’étaient dotés de sabre
bois ou en bambou et avaient allégé leur armure pour en conserver les pièces essentielles.

Armes :
  • sabre en acier (pour certains exercices codifiés).
    katana
  • sabre en bois (pour certains exercices codifiés).
    boken
  • sabre en bambou en partie gainé de cuir (pour les combats libres).
    shinai
Protections :
  • un casquemen
  • une paire de gants
    kote
  • un tablier (cuir et coton)
    tare
  • un plastron (à l’origine en bambou et cuir, aujourd’hui souvent en pvc et cuir)
    do

Pour débuter, il n’est pas nécessaire de revêtir immédiatement tout cet équipement. Dans un premier temps, un survêtement ou les vêtements d’une autre discipline pratiquée antérieurement conviendront parfaitement (kimono de judō ou de karaté par exemple). Les pièces d’armures, quant à elles, sont revêtues à mesure des progrès de chacun et lorsque les premiers gestes techniques auront été suffisamment intégrés.
Avec le développement du commerce « en-ligne » il est possible de se procurer ce matériel dans de bonnes conditions de rapport/qualité prix. Les premiers prix d’un ensemble veste et hakama sont voisins d’une centaine d’Euros. Les shinaï (sabre en bambou) et boken (sabre en bois) coûtent chacun 30 à 40 Euros. Quant aux armures complètes, les prix débutent à 500 Euros environ.
La plupart des clubs propose aujourd’hui de prêter l’équipement nécessaires pour les premiers temps de pratique et ensuite peuvent aider à son acquisition (soit en matériel neuf, soit en matériel d’occasion).
Une armure de Kendo bien entretenue accompagnera le pratiquant pendant plus de quinze ans.

Lieux de pratiques

Le lieu privilégié : un DŌJŌ

« Une salle spécialement destinée à la pratique du Kendō ou des disciplines qui peuvent lui être associées, Iaïdō, Naginata, Jodō, représente la solution idéale. C’est le cas du dōjō (salle de pratique de la voie) dont la configuration et la nature du plancher ont été pensées en vue de la pratique du Kendō. Au Japon, le dōjō était à l’origine dans un temple, une salle consacrée à des pratiques bouddhiques dont le plancher de bois n’était pas revêtu de tatami (nattes de paille de riz). C’est dans de tels lieux que se développèrent les anciennes écoles […] où l’implication spirituelle devait accompagner les pratiques physiques. En dehors du contexte religieux, cette connotation qu’un effort de l’esprit doit être lié aux durs efforts fournis par le corps, persiste dans la conception moderne du dōjō et en fait un lieu d’étude à respecter. On comprend aisément qu’une telle conception du lieu de pratique implique que les pratiquants y observnte une stricte correction. Les dimensions souhaitables pour un dōjō pourraient être : de 20 à 25 mètres de long, sur 10 à 15 mètres de large avec une hauteur qui ne soit pas inférieure à 3,50 mètres et qui permette une bonne aération. Le plancher monté d’une façon élastique doit être robuste, il gagne à être fait de planches assez épaisses, 3 cm environ, et assez larges, 25 cm environ ; suivant le pays où il se trouve différentes essences de bois peuvent être utilisées. […] »
Découvrir le Kendō – Edition Amphora (p.25)
Claude HAMOT – YOSHIMURA Kenichi

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Entraînement au Noma Dōjō
(Tōkyō octobre 2003 – Photo H. Brutschi)

La taille de l’espace de pratique et les équipements annexes du dōjō seront adaptés aux types d’entraînements ou de manifestations (simples entraînements de clubs, rencontres inter-clubs, regroupements régionaux ou inter-régionaux, stages de masses ou compétitions, accueil de spectateurs …)

La réalité du terrain

Les clubs de Kendō français, en général, et alsaciens, en particulier, ont rarement l’occasion de bénéficier d’installations et d’un plancher suspendu qui soit exclusivement dédiés aux arts martiaux.
Le Kendō se pratique pieds nus. Or la plupart du temps, les kendōka partagent des gymnases avec des disciplines sportives qui évoluent sur des surfaces plus ou moins dures et avec des chaussures rarement réservées aux seuls entraînements en salle.
Afin d’éviter les blessures susceptibles d’être provoquées par les graviers transportés par les chaussures, les kendoka sont régulièrement, parfois systématiquement, contraints de nettoyer le gymnase avant leurs entraînements.
De plus, une surface trop dure (revêtement collé à même une dalle de béton) favorise la fatigue des genoux, des hanches et de la colonne vertébrales.
Par ailleurs, une surface trop molle (tapis de gymnastique, tatamis…) n’est pas satisfaisante non plus car ne permet pas les déplacements dynamiques propres au Kendō dans de bonnes conditions.
Les surfaces « modernes » qui conviennent bien au Kendō correspondent aux critères des parquets en bois massifs des salles de basket professionnel.

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Entraînement au Sakura Dōjō – Club de Kendō de Mulhouse
(Ecole élémentaire de Mulhouse-Dornach – juin 2006 – Photo Thierry Gachon)

Règles du jeu

Kendo_frappeAujourd’hui, il n’est plus question de tuer physiquement son adversaire en cherchant à atteindre les points faibles de l’armure. Ce n’est plus la guerre … Au contraire, les cibles sont aujourd’hui les parties les mieux protégées (le casque, les gants …)

Dans les combats libres, l’arme utilisée n’est plus un sabre en acier mais un sabre en bambou. Les deux protagonistes ne cherchent pas à s’assommer mutuellement mais s’appliquent à se rapprocher de l’engagement avec un sabre véritable. Les mains dirigent le sabre vers la cible (tête, gorge, avant-bras ou ventre) et c’est le déplacement du corps, la mobilisation des hanches, qui vont réaliser la coupe.
Ainsi, il ne suffit pas de toucher son partenaire, encore faut-il le « trancher », sinon physiquement, du moins mentalement.
Les kendōka crient beaucoup et souvent. Ces cris sont avant tout destinés à mobiliser la respiration et l’énergie du pratiquant. Ils témoignent également de l’état d’esprit et de la détermination des combattants. Ces cris, réalisés correctement, sont appelés ki.aï en japonais. Cela signifie énergie unifiée.
Au moment de lancer l’attaque, il faudra en effet réunir toute son énergie et ne plus hésiter. L’action idéale devra être sans riposte possible…chacun s’efforce de rechercher cet idéal et de s’élancer de tout son coeur, de toute son âme, au moment de l’action décisive.

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Détail du Noma Dōjō : 初太刀一本
(Tōkyō octobre 2003 – Photo H. Brutschi)

Une organisation fédérale reconnue

logoLa pratique du Kendo en France est gérée par le Comité National du Kendō qui est hébergé par la FFJDA (la Fédération Française de Judō, Ju-Jitsu, Kendō et Disciplines Associées).
Cette organisation est décentralisée dans les régions où le Kendō est intégré dans les Ligues de Judō en tant que Commission Régionale de Kendō.
Cette organisation au sein d’une Fédération reconnue d’utilité publique et qui est la seule à avoir reçu délégation ministérielle pour administrer la pratique du Kendō en France impose aux clubs et aux enseignants d’être en accord avec les règles ministérielles et les lois qui régissent nos disciplines.
Elle permet, entre autre, la reconnaissance des grades de ceintures noires ainsi que la reconnaissance des diplômes ou titres d’enseignant.
Elle est garante, pour chaque pratiquants, de la qualité et de la responsabilité de chaque intervenant (enseignants, cadres techniques ou administratifs).
Par ailleurs, le Comité National de Kendō est intégré au sein de la Fédération Européenne de Kendō ainsi qu’au sein de la Fédération Internationale de Kendō et est reconnu par la Fédération Japonaise de Kendō.

Compétition

La compétition n’est pas la finalité du Kendō mais est une expérience importante.
Des championnats de France, d’Europe et du Monde sont régulièrement organisés.
La France occupe les premières places européennes et ce situe dans les dix premières nations au niveau mondial. Le Japon occupe toujours la première place, suivi de près par la Corée du Sud.shiai
Les compétitions existent en Kendō (la France est présente aux premières places européennes aussi bien chez les filles que chez les garçons). Il n’y a pas de catégories de poids et certaines épreuves sont mixtes.
A l’origine, l’issue d’un duel au sabre était souvent fatale. L’efficacité des escrimeurs y était sanctionnée sans appel. Dans un combat de Kendō , bien que l’issue ne laisse aucun doute à l’un et l’autre des partenaires, les règles de compétition demandent la présence de trois arbitres. Ces confrontations sportives, sanctionnées par trois juges extérieurs, permettent de donner une dimension particulière à l’issue de l’assaut.
Vivre cette tension liée à une possible victoire ou défaite permet au Kendōka d’aborder de nouvelles émotions qu’il doit gérer dans sa pratique.
Toutefois, la finalité du Kendō réside dans les assauts libres où la performance « sportive » n’a qu’une importance relative. Les assauts ne sont pas sanctionnés par des arbitres extérieurs au combat.
La sincérité des deux protagonistes leur permettra de pouvoir apprécier l’issue de leurs tentatives.
Au-delà de la victoire ou de la défaite, qui restent très relatives, c’est la qualité de la recherche qui est porteuse et qui sera source de progrès.