katate-tsuki

Si vous exécutez plusieurs katate-tsuki au cours d’un combat il y a fort à parier que votre adversaire finisse par vous voir venir les fois suivantes. Et les techniques de contre-attaque qui suivent une attaque katate ratée sont assez dévastatrices! Le meilleur moment pour lancer un katate-tsuki c’est lorsque vous avez réussi à pénétrer la garde et à figer votre adversaire. Lancez alors un coup d’estoc au moment même où il amorce son recul pour se mettre hors de portée de vos attaques. Notez toutefois que l’attaque doit être instantanée, elle ne peut avoir lieu si le recul a déjà été amorcé.

Le déplacement pour katate-tsuki est évident: lancez tout votre corps vers l’avant à partir du pied droit. J’ai appris une chose en observant une photo de mon père (Mochida Seiji, 10ème dan, hanshi) : les hanches sont tournées au moment du tsuki ce qui rallonge encore la distance d’exécution de ce coup d’estoc. De plus, il est très important de faire passer la main gauche au dessus de la main droite dans le mouvement de pique.

Si vous pressez votre adversaire et que vous plongez au moment où ses mains sont levées, il sera dans une position idéale pour dévier le coup à l’aide d’une technique suriage, il vaut donc mieux lancer l’attaque lorsqu’il recule et que son kensen s’abaisse. Il y a une autre possibilité: en piquant tsuki du côté ura (i.e. le long du côté droit de votre shinai) au moment où l’adversaire lève les mains en réaction à votre pression. J’ai remarqué que piquer tsuki du côté ura est plus efficace parce que le poignet est plus ferme.

NAKANO Yasoji

La méthode la plus simple pour exécuter Tsuki

Bien sûr la méthode la plus simple pour tsuki c’est de pénétrer et de piquer, mais si l’adversaire a une garde (kamae) forte, c’est difficile à réaliser. Il existe plusieurs autres méthodes qu’on peut employer, comme suriage au moment où l’adversaire lève son kensen, ou encore exercer une pression sur le côté omote avant de lance tsuki sur le côté ura du shinai. En fait, je crois que la façon la plus efficace reste de pénétrer et de balayer le shinai vers le bas d’un mouvement brusque (suri otoshi) avant de lancer tsuki. Pour réaliser un tsuki à deux mains (morote-tsuki) vous devez être assez prêt sinon vous risquez d’être stoppé dans votre élan et de voir votre mouvement se retourner contre vous. Je pense que katate-tsuki (à une main) est plus efficace en shiai. Il ne faut jamais tenter un tsuki (à une ou à deux mains) lorsque votre adversaire se lance dans une attaque, en revanche c’est une technique très efficace contre les adversaires qui reculent.

NAKANO Yasoji

Suburi: l’efficacité du travail personnel

J’ai fait suburi durant toute ma carrière de kendo. En mars 1919, mes études secondaires achevées au Lycée Shonai, préfecture de Yamagata, je fus admis à l’institut professionel de Kyoto. Il faut avouer que lorsque j’étais au collège, j’étais imbattable en shiai, mais dès que je fus à Kyoto, je ne fit que perdre.

Un jour, j’ai vu notre senpai montrer la manière de réaliser suburi à un copain qu’il avait amené au dojo. J’ai tout de suite compris que c’était extrêmement efficace pour progresser en kendo. Dès lors, passant aux choses sérieuses, chaque soir, après l’extinction des feux, je quittais mon lit pour me rendre au dojo. Je me mettais à l’aise et je faisais 600 suburi. Je m’asseyais un peu pour revenir au calme et repartais me coucher. Cela n’aurait pas eu de sens si je n’avais pas continué; ainsi durant un an, sans un jour de repos, j’ai fait chaque soir 600 suburi, sans que mes études en pâtissent. A la suite de ce régime, ce camarade ne retrouva plus en moi cet adolescent au temoto faiblard qu’il avait comme partenaire. Décidant arbitrairement que là se trouvait la vraie force, dès ma seconde année, je me levais à 5h00 au lieu de 6h00 pour me rendre au dojo et y accomplir mes 600 suburi. Dès lors je me mis peu à peu à ne plus perdre en shiai.

Le secret pour frapper Kote

Kote est une technique difficile. Je ne fais plus beaucoup kote maintenant mais lorsque je mets en œuvre cette technique j’attends que mon adversaire attaque et je saisis cette opportunité pour supprimer momentanément la menace de son shinai puis je lance une frappe rapide sur son kote. Cette méthode semble être la plus efficace parce que la distance pour couvrir le kote sera toujours plus courte que celle d’un men.
J’ai appris de Takano Sasaburo sensei qu’il fallait lever le shinai assez haut pour apercevoir la cible. Cela s’applique surtout aux frappes men et do. Il faut lever le shinai assez haut, suffisamment, pour juste apercevoir la cible. Il faut veiller toutefois à ne pas regarder la cible avant de frapper.

NAKANO Yasoji

Les points à surveiller pour frapper Kote

Ce n’est que mon opinion mais je ne crois pas que les attaques kote doivent être lancées à une distance supérieure à celle d’une attaque men. Ça serait différent si le shinai de l’adversaire était complètement immobilisé, ou s’il se présentait une ouverture évidente, mais sinon il n’est pas recommandé de frapper de trop loin. La distance qui vous sépare de votre adversaire doit être réduite avant de lancer kote. Donc, je ne crois pas qu’il faille compenser une trop grande distance par un grand mouvement de coupe pour effectuer un kote. Au contraire, l’attaque kote doit être précise et de petite amplitude.

Dans le cas d’une attaque men, il est comparativement difficile pour celui qui la reçoit de réussir une contre-attaque. Pourtant, nombreux sont ceux qui se retrouvent piégés et punis après avoir essayé une attaque kote inappropriée à base de nuki-waza… C’est parce qu’il est très facile d’escamoter son kote. Ainsi, si vous essayez de frapper une cible grandement mobile d’une distance éloignée, cela réduit de façon significative les chances de succès. Si votre attaque kote échoue, il est important de rester stable et droit. Bien sûr, c’est le kihon fondamental mais comment l’exécuter vraiment ? D’abord, assurez-vous que vous ne regardez pas le kote au moment de la frappe. Regardez plutôt l’adversaire dans les yeux. Ainsi, même s’il parvient à éviter l’attaque, vous pourrez au moins voir ou se trouve son shinai. Autre point : il vaut mieux ne pas frapper avec tout le poids du corps sur la jambe droite. Miyamoto Musashi faisait aussi référence à l’importance du déplacement, et il est important de ramener le pied gauche lors de l’attaque plutôt que de le laisser en arrière.

Il est également fondamental de maintenir votre kensen vivant en menaçant votre adversaire après la frappe. Ne le tuez pas en écartant la pointe de votre shinai. Il y a trois points auxquels il faut veiller pour frapper kote. Voici les principes de base à garder à l’esprit. Il y a toutefois différentes façons de frapper kote: katsugi kote ou harai kote. L’important est de choisir la technique la mieux adaptée à la situation.

NAKANO Yasoji

La manière de recevoir kiri-kaeshi

Quand j’enseigne quelque chose à quelqu’un, en général il comprend. Mais faire comprendre que le rôle de motodashi dans kirigaeshi est bien différent de kakari n’est pas chose évidente. J’ai ressenti ça quand j’étais étudiant en 4ème année à Busen (NdR: fameuse école de budo): faire frapper correctement kakari est la tâche qui revient à motodashi. Pour y parvenir, il faut bien y réfléchir et travailler sur des notions telles que ma.ai et tai.atari. Quand l’activité de kakari devient vraiement éprouvante, il faut l’aider et le tirer vers le haut! Si nous n’avons pas ce réflexe, personne ne peut aller au bout du stage. Stimuler s’avère toujours efficace, si on fait ça, kakari redouble d’ardeur. Enfin la capacité de “renvoyer” le shinai tient de l’art de motodashi.

ONAKAZAWA Tatsuo

Les vertus de kiri-kaeshi

J’ai commencé à apprendre le kendo à partir de ma quatrième année de primaire, et l’enseignement que délivrait le professeur CHIKANARI Okayama consistait invariablement en kiri-kaeshi. Alors mes épaules devinrent souples et déliées. Mes épaules jouant librement, mon thorax se développa en conséquence; mon thorax naturellement développé, j’ai pu délivrer des uchi corrects. Kiri-kaeshi c’est avant tout frapper sans hâte et amplement.

Les cours du professeur CHIKANARI ne comportaient que des frappes latérales au men. Il nous faisait réaliser aussi do-kiri-kaeshi. Convertir men pour aller frapper do en larges gestes était difficile au début. Mais grâce à sa répétition régulière, j’ai fini par ne plus ressentir de contrainte. Je crois que grâce à cette méthode ma rapidité était des plus satisfaisantes lorsque j’entrai à la police d’Osaka. De plus, on ne fait que frapper sempiternellement une fois droite, une fois gauche; mais frapper deux fois droite et gauche est une alternative qui porte ses fruits. Il faut savoir prendre des initiatives qui cassent la routine.

ARIMA Teruo

8 vertus obtenues par motodashi

1. Le calme s’établit dans le kokoro.
2. Le coup d’oeil s’assure.
3. Le shinai de l’adversaire se repère plus facilement.
4. Le corps devient plus disponible.
5. Le corps devient plus solide.
6. Le tenouchi se raffermit.
7. La manière d’intercepter les coups s’affine.
8. Les bras deviennent robustes.

10 vertus obtenues par kakari

1. Les techniques deviennent mordantes et rapides.
2. Les coups s’affermissent.
3. La capacité respiratoire augmente.
4. Les bras acquièrent de l’aisance.
5. Le corps se libère et se coordonne.
6. La longueur du sabre cesse d’être un problème.
7. Le bas-ventre (seika) se place et rend le corps inébranlable.
8. Le coup d’oeil devient sûr.
9. La distance de frappe (ma-ai) est mieux appréciée.
10. Le tenouchi joue avec une souple dextérité.

Le tenouchi dans kiri-kaeshi

En soit, Kiri-kaeshi n’a pas varié entre jadis et aujourd’hui et l’école de budo (Busen) n’enseigne aucune théorie particulière sur ce point précis. A mon entrée à l’université, cet exercice consistait pour moi à simplement lever les bras, armer amplement et frapper. Si l’on avait armé, il était naturel d’abattre, et aucune explication ne venait compléter ces gestes.

Pour moi, il faut abattre les bras à partir de l’axe des épaules et arrêter le poing gauche à hauteur du plexus. Si l’on ne fait pas cela, j’estime qu’on ne peut réellement couper: les bras ne sont pas verrouillés sur les côtés de la poitrine et les coudes sont dissociés. Les jours de pluie, dans l’impossibilité de sortir je faisais des suburi dans ma chambre, mais comme le plafond était bas, je les faisais en sonkyo. J’ai alors tout de suite compris. Pour être péremptoire je dirais que si l’on ne verrouille pas les bras sur les côtés de la poitrine, on ne peut pas couper car les membres et le corps ne sont pas solidaires. Toutefois, il ne faut pas trop verrouiller. A mettre la force dans la main droite, le poing gauche sort du centre. Par contre, quand on s’efforce d’armer sans du tout utiliser la main droite, la main gauche se lève plus facilement qu’on ne pense. Je me suis donc rendu compte à quel point j’utilisais trop la main droite. Si vous faites attention à ces points en faisant kiri-kaeshi tout ira bien.

IKEDA Yuji